Travaux de la loge | Morceaux d'Architecture et Pierres Sculptées

Qu’entendre par rassembler ce qui est épars :

Epars du latin sparsus : répandu, jeté

Ou dispersus dispersé, éparpillé ci et là

Ce qui est épars en premier lieu : c’est l’humain

Issu d’une souche unique ( c’est le mythe d’Adam, mais c’est aussi la conclusion de la science moderne).

De l’Afrique de l’est sont venus nos lointains ancêtres primitifs, partageant alors des comportements, à défaut de valeurs communes.

La diaspora s’est alors opérée par le Moyen Orient puis l’Asie, l’Europe et l’Amérique.

L’acclimatation aux conditions climatiques et géographiques ( c’est l’apport de Darwin et de la théorie de l’évolution) a induit des adaptations morphologiques et culturelles qui permettent de distinguer nos frères humains selon leurs origines, mais aussi de fonder tous les comportements de rejet de l’autre et de sa différence.

Ainsi à partir d’un tronc commun sont nées des langues, des coutumes, des droits, des spiritualités différentes parce qu’éparses.

Dans l’espace limité de la boule terrestre, fourmille une infinité d’êtres qui bien que vu de l’espace semble concentrée sur cette terre, comme des pores sur une pomme, et pourtant à mesure que l’on se rapproche , les êtres qui la peuplent s’éloignent de notre perception, au point que lorsque l’on regarde uniquement son chez soi, on ne voit plus même son voisin.

La mesure de l’espace est liée à l’altitude du champ de vision de l’esprit.

Les êtres qui vivent en même temps que nous, ne sont visibles pour la plupart des autres humains, que si ils servent notre intérêt.

Et pourtant ils vivent sur terre

Et pourtant la terre tourne,

Et si je me tournai vers les autres

Epars dispersés sur cette nature luxuriante

Mais à quoi bon rassembler ce qui ne me ressemble pas

Mais à quoi bon rassembler ce qui me ressemble

Faut t’il réunir uniquement ce qui me sert en ignorant les autres, en refusant de les voir

Faut-il dépasser son intérêt limité à son ego, et accepter que d’autres existent en dehors de notre égoïsme rassembleur.

Faut-il uniquement rassembler qu’en vue de son projet égoïste, et ignorer ce qui est épars.

Théorie des ensembles, je reviens sur les bancs de mon école, cela suffit-il pour me rajeunir ?

Y’à t’il rien de plus séparé que de rassembler ce qui est ensemble

Bonne conscience d’ignorer ce qui diffère de moi, rapide chemin entre ce qui diffère et ce qui m’ indiffère.

Mon ensemble, ma vie, les autres en décor de ma vie,

Ma maison, ma famille, ma pelouse, ma clôture puis aussi mes amis mais pas trop, car parfois il est temps qu’ils partent ;

Mon appartement, ma banlieue, ma télé, mon match,

Mes amours, mon plaisir, les autres pour le renouveler,

Moi, toi, personne d’autres , les autres m’indifférent.

Il y a autant de rassemblement que d’ égoïsmes, de projets personnels, de projets partageables peut-être ;

D’autres penseraient-ils comme moi : cela m’importe ou cela m’indiffère.

Si ils ont le même projet que moi, je veux bien les connaître pour apprendre, me nourrir de leur connaissance , mais ils vont être concurrents de mon objectif ?

Tournons la page : à notre sens rassembler ce n’est pas rassembler dans son seul intérêt,

Il faut avoir envie ou désir de rassemblement sur un objectif de communion, qu’elle soit psychique, psychologique ou plus sociale.

En affirmant ces différences et en se ressourçant de celles des autres on peut aussi y arriver.

On peut donc déduire qu’on peut réunir ce qui est épars en affirmant subjectivement nos particularités dans le strict respect de qui et de ce que nous sommes ;

Chacun doit vibrer de sa différence en s’affirmant. Car le plus difficile c’est de se réunir dans nos différences et non dans nos adhésions communes.

Rassembler ce qui est diffus, c’est apprécier l’individualité de pensée de chacun : car il n’ y a rien de plus différent que deux êtres apparemment semblables.

On vit en même temps, on peut être même né en même temps, dans le même lieu, avoir eu les même parcours scolaires, professionnels, aller en vacances au même endroit.

On peut aussi ne pas être du tout semblable, se croiser et ne jamais se voir.

Mais alors qu’est-ce qui peut nous rassembler ?

Un vécu, des malheurs, un bonheur, une expérience, un projet…

Peu importe, le rassemblement peut être local, inopportun, inopiné, subit, continu, incessant,désiré, non voulu… Trois petits points.

Pour qui aime et respecte l’autre, ce n’est pas sa ressemblance qui nous attire mais sa différence qui nous attire : son histoire différente, par une morale bien conduite, aurait fait que nous aurions peut-être réagi comme lui.

Il est Lui, et il Luit,

Je suis Moi, tu es Toi,

Ensemble c’est Nous

et à Trois c’est Terne.

Mais pourquoi parfois à Trois cela Luit ?

Comment créer une lueur dans les ténèbres, une union dans la diversité ? Une référence est faite au communautarisme des cités sociales et des banlieues, dont on peut dire que la diversion est éparse.

Il est essentiel de revendiquer le droit à l’indifférence et non à la différence, car c’est ainsi aboutir à ne pas exclure les individus selon des critères particuliers et donc de pouvoir réunir.

Il semblerait que dés lors qu’il y a discrimination, éparpillement, il ne peut y avoir de rassemblement. Pourtant, comme ISIS ET OSIRIS ce qui rassemble au delà de la mort c’est l’amour. Des quatorze morceaux , il manque toujours un, mais grâce à ANUBIS, le souffle de la vie revient.

Notre éducation judéo-chrétienne transmute le phallus absent, péché originel de notre sexualité interdite.

L’homme vit seul et meurt seul.

C’est peut être à cause de la faute qu’il y a dispersion

L’amour rassemble ? la mort réunit ?

Tout comme l’amour éloigne et la mort disperse

Tout n’est que point de vue

Mais en rassemblant …., il me manque toujours un morceau.

Car il manque toujours un morceau au bonheur.

Rassembler ce qui est épars est un choix.

Choix qui ignore ce qu’il ne sélecte pas,

Tri en fonction d’un objectif, qui compartimente et écarte.

Stendhal a écrit : «  les différences engendrent la haine »

En rassemblant, on écarte.

Concentrer ce qui est éparpillé, pour ignorer ce qui reste différent.

Chacun à son tour concentre l’éparpillé.

Jusqu’à opposer les concentrations, s’opposer dans sa différence ou son ignorance de ceux que nous avons décidé d’ignorer.

Pour aller où, dans l’affirmation de l’identité du groupe, et le plaisir de son appartenance, qui grandit dans l’opposition marquée avec l’autre groupe.

Rassembler donc pour mieux s’opposer à l’autre groupe.

Aiguiser notre identité commune, pour revendiquer notre appartenance identitaire, et marquer notre différence.

Non ce n’est pas le but.

Mon but c’est de rassembler la conscience humaine, dans le respect de la différence de l’autre.

Rassembler des êtres complètement différents, et pourtant semblables, dans le même respect de la différence.

La conscience est unique et multiple, par des chemins différents pour y arriver. Les chemins se recoupent et vont parfois vers le même but.

L’homme se situe entre microcosme et macrocosme.

C’est une parcelle d’un grand tout, et les êtres se retrouvent dans notre parcelle du grand tout qui est l’univers.

Il n’y a pas un cercle mais des cercles, il n’ y a pas des cercles mais des points de vue,

Et pourtant,

il n’y a pas de différence entre le cercle et le point, pour celui qui regarde de loin.

Chacun participe à la voûte étoilée.

Pour l’homme opératif, par sa bêtise les pierres brutes sont éparpillées par l’explosion dans la carrière, dans le banc.

Les pierres brutes taillées sont réunies dans l’édifice.

Le travail grandit l’homme par son œuvre accomplie.

Construire c’est rassembler autour d’un axe commun, ce qui est épars

La vie profane éparse, la maçonnerie rassemble.

Sur le fronton de notre temple est écrit la citation de Saint Exupéry :

« Si tu es différent de moi, loin de me léser , tu m’enrichis »

Chacun a sa place dans la société pour construire l’édifice.

En loge, le vénérable maître en chair a pour mission principale de créer et de maintenir l’unité de la Loge, tout en préservant la nature de chacun…

Il est le garant de la construction du temple, en veillant à l’épanouissement et à la progression individuelle de chaque frère de la Loge. Il s’agit en fait d’un point de départ, si cette unité et se rassemblement est possible lors de nos tenues, alors nous donnons un lieu à l’Utopie qui devient ainsi réelle, la fraternité universelle est en marche.

Réunir c’est me semble t’il reconnaître l’origine et la destinée commune des hommes, l’identité de leurs aspirations, c’est nous aimer en les aimant, avec compassion, tolérance et fraternité.

Ce qui nous réunit c’est peut-être tout simplement la Foi,

La foi du microcosme dans le macrocosme,

laissons la conclusion à Lamartine, orateur de ce midi :

Ame! qui donc es-tu ? flamme qui me dévore,
Dois-tu vivre après moi ? dois-tu souffrir encore ?
Hôte mystérieux, que vas-tu devenir ?
Au grand flambeau du jour vas-tu te réunir ?
Peut-être de ce feu tu n'es qu'une étincelle,
Qu'un rayon égaré, que cet astre rappelle.
Peut-être que, mourant lorsque l'homme est détruit,
Tu n'es qu'un suc plus pur que la terre a produit,
Une fange animée, une argile pensante...
La vérité rebelle échappe à nos regards,
Et Dieu seul réunit tous ses rayons épars 

Trois petits points… il est minuit.

J’ai dit.